L’Encyclopédie de l’Univers Viking
Ari Þorgilsson
Ari Þorgilsson, dit Ari fróði (« le Savant »), est un clerc et historien islandais des XIe-XIIe siècles, principalement connu comme l’auteur de l’Íslendingabók.
L’entrée repose sur des attestations historiques, lexicales ou documentaires solides, à replacer dans leur contexte.
Comprendre le terme
L’Íslendingabók, rédigée en islandais au début du XIIe siècle, présente une histoire abrégée de l’Islande depuis son peuplement jusqu’à la mise en place de l’organisation ecclésiastique. Ari y traite notamment de l’établissement de l’Alþingi, de l’adoption du christianisme, de la réforme du calendrier et de la succession des évêques islandais. Le texte mentionne aussi des traditions généalogiques et des relations avec les rois de Norvège. Ari indique avoir composé une première version plus développée, puis l’avoir abrégée ; seule cette forme abrégée est conservée.
Contexte historique
Ari vécut dans une Islande chrétienne où l’écriture latine et l’institution ecclésiastique commençaient à structurer la mise par écrit du passé. Il appartenait à un milieu lié aux premières générations de l’Église islandaise et semble avoir eu accès à des traditions transmises par des hommes qui avaient connu les débuts de la colonisation et de la christianisation. Son œuvre se situe ainsi à la transition entre la mémoire généalogique et juridique héritée de la société islandaise ancienne et une historiographie écrite sous influence chrétienne.
Usage et fonction
Ari est présenté comme un auteur, un clerc et un historien. L’Íslendingabók avait une fonction de mise en ordre de la mémoire collective islandaise : elle expose les principaux repères institutionnels, religieux et chronologiques du pays. Il ne s’agit toutefois pas d’une chronique annuelle complète ni d’un récit héroïque comparable aux sagas légendaires.
Ce que l’on sait
Ari est généralement identifié sous le nom d’Ari Þorgilsson inn fróði. Il naquit vers 1067 et mourut vers 1148. Il était Islandais et appartenait à un milieu de notables et de clercs lié aux débuts de l’Église du pays. Son œuvre conservée, l’Íslendingabók, est rédigée en vieux norrois et est habituellement datée du début du XIIe siècle, souvent autour des années 1120-1130. Le texte est une histoire concise de l’Islande, depuis son peuplement jusqu’au temps de l’auteur. Il traite de l’établissement de l’Alþingi, de la christianisation décidée par l’assemblée, de l’organisation épiscopale et de plusieurs repères calendaires. Ari y revendique une méthode fondée sur des témoignages transmis par des personnes informées et sur des traditions généalogiques. L’Íslendingabók constitue l’un des témoignages écrits les plus anciens sur l’histoire de l’Islande et sur la formation de ses institutions. Ari est également associé à la tradition de la Landnámabók, mais son rôle exact dans la composition ou la transmission de cette œuvre n’est pas établi avec la même certitude que son attribution de l’Íslendingabók.
Ce qui est débattu
La biographie d’Ari est connue de manière fragmentaire. Les informations relatives à sa formation, à ses maîtres et à son milieu familial proviennent surtout de traditions textuelles postérieures ou de mentions internes, dont l’interprétation n’est pas toujours unanime. La date précise de rédaction de l’Íslendingabók et les circonstances de sa révision restent discutées. Le texte conservé est une version abrégée ; le contenu exact de la première rédaction, aujourd’hui perdue, ne peut être reconstitué qu’en partie. Ari a parfois été proposé comme l’un des auteurs ou des premiers rédacteurs de la Landnámabók, mais les sources ne permettent pas d’établir avec certitude l’étendue de sa participation. Le qualificatif d’« historien » décrit utilement son activité, mais relève aussi d’une catégorie moderne : son œuvre associe mémoire généalogique, histoire institutionnelle, traditions orales et perspective chrétienne.
Idées reçues et confusions fréquentes
Ari n’est pas un auteur de sagas au sens habituel du terme et l’Íslendingabók n’est pas un récit romanesque. Il ne fut pas un contemporain de la colonisation initiale de l’Islande : il naquit plusieurs générations après les événements qu’il rapporte. L’expression « premier historien islandais » est courante, mais elle ne doit pas être comprise comme une preuve qu’aucune forme antérieure de transmission historique n’existait. Enfin, les récits attribués à Ari ne constituent pas un relevé neutre et exhaustif de tous les événements de l’Islande ancienne.
Autres appellations
À retenir
Ari Þorgilsson est la figure centrale des débuts de l’historiographie islandaise écrite. Son Íslendingabók fournit un récit condensé de la formation politique, religieuse et institutionnelle de l’Islande. Sa valeur documentaire tient à son ancienneté, à son ancrage dans des traditions islandaises et à l’attention portée aux généalogies et à la chronologie. Son rôle dans d’autres œuvres, notamment la Landnámabók, doit en revanche être présenté avec prudence.
