Edda de Snorri

L’Encyclopédie de l’Univers Viking

Edda de Snorri

Edda Snorra Sturlusonar — Edda de Snorri

Traité islandais du XIIIe siècle consacré à la poésie scaldique, à ses procédés et à la mythologie nordique, traditionnellement attribué à Snorri Sturluson.

LangueVieux norrois / islandais médiéval
PériodeÂge Viking — Moyen Âge nordique
ZoneScandinavie / monde nordique
Thème Textes et sagas — Edda en prose
Niveau documentaire Bien attesté

L’entrée repose sur des attestations historiques, lexicales ou documentaires solides, à replacer dans leur contexte.

Comprendre le terme

L’Edda Snorra Sturlusonar, généralement appelée Edda de Snorri ou Edda en prose, est une œuvre islandaise composée au Moyen Âge nordique, probablement dans la première moitié du XIIIe siècle. Elle est transmise par plusieurs manuscrits médiévaux, dont le contenu et l’organisation présentent des variantes. Dans sa forme la plus couramment décrite, elle comprend un prologue, la Gylfaginning, le Skáldskaparmál et le Háttatal. La Gylfaginning expose, sous la forme d’un dialogue entre le roi Gylfi et des figures liées à Ásgarðr, un ensemble de récits sur la création du monde, les dieux, les géants et le Ragnarök. Le Skáldskaparmál explique les kenningar, les heiti et d’autres procédés de la poésie scaldique en les illustrant par des récits mythologiques et héroïques. Le Háttatal est un traité de mètres poétiques accompagné d’exemples versifiés.

Contexte historique

L’œuvre appartient au milieu littéraire islandais postérieur à la conversion officielle au christianisme, dans lequel les traditions poétiques et narratives anciennes étaient encore étudiées, remaniées et mises par écrit. Snorri Sturluson, homme politique, historien et poète islandais, est traditionnellement considéré comme son auteur ou son principal rédacteur, mais la composition de l’ensemble a probablement mobilisé des matériaux poétiques et narratifs antérieurs. L’Edda répond à un besoin de conservation et d’explication de la poésie scaldique, devenue difficile à comprendre sans connaissance des récits et des images auxquels elle fait allusion. Elle ne constitue donc pas un témoignage produit pendant l’Âge Viking, même si elle conserve des traditions et des poèmes plus anciens.

Usage et fonction

L’œuvre avait principalement une fonction didactique et poétique. Elle devait aider à comprendre et à pratiquer la poésie scaldique en expliquant les mètres, les figures de style, les noms poétiques et les récits nécessaires à l’interprétation des kenningar. Elle sert aussi de recueil littéraire de mythes et de traditions héroïques. Les sources ne permettent pas d’en faire un manuel du culte préchrétien ni de supposer un usage rituel.

Ce que l’on sait

Le texte est conservé dans des manuscrits islandais médiévaux et son attribution traditionnelle à Snorri Sturluson est largement admise comme cadre de description, sans que chaque partie puisse être ramenée avec certitude à une rédaction unique et homogène. La Gylfaginning, le Skáldskaparmál et le Háttatal sont les principales sections de l’œuvre telle qu’elle est habituellement étudiée. L’Edda fournit des témoignages textuels importants sur des figures et des récits mythologiques nordiques, notamment Óðinn, Þórr, Baldr, Loki, la création du monde et le Ragnarök. Elle cite ou reprend également des poèmes scaldiques et eddiques, parfois plus anciens que sa mise par écrit. Son contenu décrit des traditions littéraires nordiques ; il ne suffit pas, à lui seul, à reconstituer les croyances ou les pratiques religieuses de l’Âge Viking.

Ce qui est débattu

La date exacte de composition, l’ordre de rédaction des sections et la part respective de Snorri, de collaborateurs éventuels et de matériaux antérieurs restent discutés. Le titre complet Edda Snorra Sturlusonar n’est pas univoque dans toute la transmission manuscrite, et l’histoire du mot « Edda » demeure débattue. Les relations entre les récits de l’Edda, les poèmes cités et les traditions orales antérieures ne peuvent pas toujours être établies. L’influence de la pensée chrétienne sur la présentation des mythes est probable à certains endroits, mais son ampleur et ses modalités font l’objet d’interprétations divergentes. Les récits de la Gylfaginning sont parfois utilisés comme description cohérente de la religion nordique ancienne ; une telle lecture doit toutefois être considérée comme une reconstruction moderne, car l’œuvre est tardive, littéraire et organisée selon un projet didactique.

Idées reçues et confusions fréquentes

L’Edda de Snorri n’est pas un texte de l’Âge Viking au sens chronologique strict, ni une transcription directe de la religion pratiquée avant la conversion. Elle ne constitue pas une « Bible nordique » unifiée et ne présente pas nécessairement des croyances partagées partout en Scandinavie. Les épisodes mythologiques qu’elle rapporte ne peuvent pas être automatiquement confirmés par l’archéologie, et les personnages, lieux ou objets mentionnés dans le texte ne doivent pas être attribués à des découvertes archéologiques sans preuve indépendante. Elle ne doit pas non plus être confondue avec l’Edda poétique, même si les deux traditions se recoupent et que Snorri cite ou exploite plusieurs poèmes.

Autres appellations

Edda de Snorri

À retenir

L’Edda de Snorri est à la fois un traité de poésie, un recueil de récits mythologiques et un témoignage médiéval sur des traditions plus anciennes. Sa valeur documentaire est majeure pour l’étude de la poésie scaldique et de la mythologie nordique telle qu’elle a été conservée en Islande. Elle doit toutefois être lue comme une œuvre littéraire chrétienne et didactique du XIIIe siècle, non comme un relevé direct et exhaustif des croyances de l’Âge Viking.