L’Encyclopédie de l’Univers Viking
Gefjon
Gefjun, ou Gefjon, est une déesse mentionnée dans plusieurs traditions mythologiques nordiques, notamment pour son lien avec le labour, l’acquisition d’un territoire et le destin des femmes mortes vierges.
L’entrée repose sur des attestations historiques, lexicales ou documentaires solides, à replacer dans leur contexte.
Comprendre le terme
Gefjun apparaît surtout dans l’Edda en prose de Snorri Sturluson et dans le poème eddique Lokasenna. Dans le récit de Gylfaginning, elle obtient du roi Gylfi autant de terre que quatre bœufs peuvent labourer en un jour et une nuit. Les bœufs sont présentés comme ses fils, nés d’un géant, et la terre arrachée à la Suède devient l’île de Zealand. Dans Lokasenna, Gefjun prend part à l’échange d’invectives entre les dieux et Loki ; celui-ci l’accuse d’avoir obtenu un collier en échange d’une relation avec un jeune homme, accusation qui n’est pas développée ailleurs de manière comparable. Les textes lui attribuent donc des aspects différents, sans fournir un récit biographique unifié.
Contexte historique
Les témoignages conservés sont principalement islandais et médiévaux, même s’ils mettent en scène des traditions relatives au monde nordique de l’Âge Viking. Leur rédaction est postérieure à la christianisation de l’Islande et ne permet pas de reconstituer directement un culte ancien de Gefjun. Le récit de la formation de Zealand appartient à une tradition mythographique qui associe des figures divines à des paysages connus ; il ne constitue pas, à lui seul, une preuve de la manière dont Gefjun était honorée dans la Scandinavie préchrétienne.
Usage et fonction
Dans la Gylfaginning, Gefjun est liée au labour et à l’appropriation d’une terre, tandis qu’un autre passage la présente comme la maîtresse d’un séjour où servent les femmes mortes vierges. Ces fonctions sont explicitement attestées par le texte, mais leur articulation et leur portée religieuse générale restent incertaines. Les sources ne permettent pas d’établir avec assurance l’existence d’un domaine cultuel spécifique, d’un rituel ou d’une fonction sociale historiquement attribuable à Gefjun.
Ce que l’on sait
Le nom de Gefjun est attesté sous les formes Gefjun et Gefjon dans les traditions textuelles nordiques. La Gylfaginning raconte qu’elle obtient de Gylfi une étendue de terre, la laboure avec quatre bœufs et l’emporte vers la mer ; ces bœufs sont décrits comme ses fils issus d’un géant. Le récit fait de cette terre l’île de Zealand et associe la dépression laissée en Suède à un lac identifié par le texte au Mälaren. Gefjun est également mentionnée dans Lokasenna, où elle intervient dans le conflit verbal opposant Loki aux autres dieux. Dans ce poème, Loki l’accuse d’avoir accepté un collier en échange d’une relation sexuelle, tandis qu’Odin prend sa défense en rappelant qu’elle connaît les destinées et les conditions humaines. La Gylfaginning la présente en outre comme une vierge dont le séjour accueille les femmes mortes vierges.
Ce qui est débattu
La nature exacte de Gefjun dans la religion nordique reste discutée. Elle est parfois interprétée comme une divinité de la terre, du labour, de la sexualité ou de la virginité, mais les sources ne suffisent pas à établir une attribution unique et cohérente. Le récit de Zealand peut être rapproché d’une explication mythique de la forme du paysage, sans que l’on puisse déterminer s’il repose sur une tradition ancienne particulière ou sur une construction littéraire médiévale. La relation entre Gefjun et d’autres figures féminines, notamment Freyja, a été proposée dans l’histoire des interprétations, mais leur identité n’est pas attestée par les textes conservés. L’étymologie du nom et la portée exacte de son rôle dans les traditions antérieures à leur mise par écrit demeurent également incertaines.
Idées reçues et confusions fréquentes
Gefjun ne peut pas être décrite sans réserve comme une déesse de la fertilité ou de l’agriculture : ces catégories modernes s’appuient sur certains éléments du récit du labour, mais ne rendent pas compte de l’ensemble des témoignages. Rien ne permet non plus d’attribuer automatiquement à Gefjun des objets, des amulettes, des images ou des sites archéologiques dépourvus d’inscription explicite. Le récit de la création de Zealand ne constitue pas une preuve historique d’un événement géologique ni la démonstration d’un culte local de Gefjun dans cette région.
Autres appellations
À retenir
Gefjun est une figure féminine attestée par plusieurs textes nordiques médiévaux, mais son profil n’est pas homogène. Le récit le plus développé la montre obtenant et labourant une terre qui devient Zealand, tandis que d’autres passages la relient aux femmes mortes vierges et à un épisode érotique rapporté par Loki. Son éventuel statut de divinité agraire, de déesse de la fertilité ou de figure apparentée à Freyja relève d’interprétations modernes et non de faits établis par les sources.
