L’Encyclopédie de l’Univers Viking
Grœnland
Le Groenland, ou Grœnland dans les formes nordiques anciennes, est une grande île de l’Atlantique Nord colonisée par des groupes nordiques à partir de la fin du Xe siècle. Il formait l’une des marges occidentales du monde nordique médiéval, en contact avec les populations autochtones de l’Arctique.
L’entrée repose sur des attestations historiques, lexicales ou documentaires solides, à replacer dans leur contexte.
Comprendre le terme
Le Groenland est principalement connu par les traditions islandaises médiévales, notamment l’Eiríks saga rauða, qui relate l’exil d’Eiríkr rauði, ou Éric le Rouge, son exploration de la côte méridionale et l’organisation d’une colonisation nordique. La saga explique que le nom Grœnland, « pays vert », aurait été choisi pour encourager des colons à s’y établir, mais ce récit appartient à une mise en forme littéraire postérieure aux premiers événements. D’autres traditions relatives à la découverte et à la colonisation du pays figurent dans les récits islandais sur la prise de possession des terres. Les textes décrivent des navigations entre l’Islande, le Groenland et, selon certains récits, des contrées situées plus à l’ouest, mais leurs indications géographiques et chronologiques ne sont pas toujours vérifiables.
Contexte historique
La colonisation nordique du Groenland intervient dans le contexte de l’expansion maritime islandaise et norvégienne vers l’Atlantique Nord. Les premiers établissements connus se concentrèrent surtout dans les fjords du Sud-Ouest, où les conditions permettaient l’élevage et l’exploitation de pâturages. Deux ensembles sont généralement distingués par l’archéologie : l’Établissement de l’Est, plus méridional, et l’Établissement de l’Ouest, situé plus au nord. Le Groenland entretenait des liens maritimes avec l’Islande et la Norvège, mais la distance, les conditions de navigation et les variations climatiques en rendaient les communications difficiles. Les populations nordiques ne furent pas les premières habitantes de l’île : des groupes paléoesquimaux y avaient vécu auparavant, et les communautés thuléennes s’y établirent progressivement à partir de la fin du Moyen Âge. Les relations entre ces populations et les colons nordiques sont attestées de manière inégale et ne peuvent être reconstituées avec certitude dans tous leurs détails.
Usage et fonction
Pour les communautés nordiques, le Groenland servait principalement de territoire d’établissement et d’élevage, avec une économie adaptée aux ressources locales : pâturage, chasse, pêche et exploitation des ressources marines. Des matières premières arctiques, notamment l’ivoire de morse, ont probablement alimenté des échanges avec l’Islande et la Norvège ; l’importance exacte de ce commerce demeure toutefois difficile à mesurer. Le pays constituait aussi une étape de la navigation nord-atlantique et une base pour des expéditions vers des régions plus occidentales. Les sources ne permettent pas d’établir que l’ensemble de ces expéditions ait donné lieu à une occupation durable.
Archéologie et attestations matérielles
L’archéologie a identifié de nombreux établissements nordiques dans le Sud-Ouest du Groenland, comprenant des fermes, des bâtiments agricoles, des installations liées à l’élevage et des édifices religieux. Le site de Brattahlíð est traditionnellement associé au domaine d’Éric le Rouge, mais cette attribution relève du rapprochement entre les données archéologiques et les récits médiévaux. Les vestiges de Hvalsey comprennent une église en pierre et des bâtiments appartenant à un établissement nordique ; ils documentent la présence chrétienne et l’organisation des communautés, sans permettre à eux seuls de reconstituer toute leur histoire. Les fouilles et les études environnementales montrent une adaptation aux ressources pastorales et marines, ainsi qu’une évolution des conditions d’occupation. La présence d’objets importés d’Europe et de traces d’exploitation des ressources arctiques témoigne de contacts à longue distance, mais l’usage précis de chaque objet ou la signification de chaque motif ne peuvent pas toujours être déterminés.
Ce que l’on sait
Le nom ancien Grœnland désigne le Groenland dans les langues nordiques médiévales. Des groupes nordiques s’y installèrent à la fin du Xe siècle, principalement dans le Sud-Ouest de l’île. Deux principaux ensembles de peuplement nordique sont distingués par l’archéologie, l’Établissement de l’Est et l’Établissement de l’Ouest. Les communautés pratiquaient notamment l’élevage, la chasse, la pêche et l’exploitation de ressources marines. Elles étaient intégrées à des réseaux de navigation et d’échanges reliant le Groenland à l’Islande et à la Norvège. Le christianisme y est attesté par des édifices et des objets archéologiques. La population nordique déclina puis disparut des établissements connus avant l’époque moderne, sans que les sources permettent de fixer avec certitude la date et les modalités de cette disparition. Le Groenland était également occupé par des populations arctiques non nordiques, notamment les communautés thuléennes à partir de la fin du Moyen Âge.
Ce qui est débattu
La date exacte de l’arrivée des premiers groupes nordiques, la chronologie détaillée de l’expansion des établissements et la durée de l’occupation de certains sites restent discutées. L’explication donnée par l’Eiríks saga rauða pour le choix du nom « pays vert » peut être rapprochée d’une stratégie destinée à attirer des colons, mais les sources ne permettent pas d’établir si cette explication correspond à l’origine historique du toponyme. Les causes du déclin des établissements nordiques sont probablement multiples ; les variations climatiques, les difficultés économiques, l’évolution des échanges, les contraintes écologiques et les relations avec les populations arctiques ont été proposées, sans qu’un modèle unique fasse consensus. L’identification de certains itinéraires occidentaux décrits dans les récits islandais, ainsi que leur rapport exact avec le Groenland, demeure discutée.
Idées reçues et confusions fréquentes
Le Groenland n’était pas une terre inhabitée avant l’arrivée des colons nordiques. Son nom ne prouve pas que l’île ait été uniformément verte ou particulièrement fertile : les paysages et les conditions varient fortement selon les régions. Les colons nordiques ne constituaient pas nécessairement une population exclusivement composée de Scandinaves, mais les données disponibles ne permettent pas de reconstituer précisément la composition de chaque établissement. Enfin, la disparition des communautés nordiques ne peut pas être attribuée avec certitude à une cause unique ni être décrite simplement comme un abandon soudain provoqué par le climat.
Autres appellations
À retenir
Le Groenland fut une colonie nordique durable de l’Atlantique Nord, fondée à la fin du Xe siècle et organisée autour d’établissements surtout pastoraux dans le Sud-Ouest. Les récits islandais en conservent la mémoire, mais l’archéologie est indispensable pour distinguer les traditions littéraires des réalités matérielles. L’île doit être comprise comme un espace de contacts entre communautés nordiques et populations arctiques, plutôt que comme une extension isolée de la Scandinavie.
